Après l’ARENH : décryptage des mécanismes VNU et CAPN

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Maxime Giumelli

Fin ARENH

Depuis plus d’une décennie, le mécanisme de l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter de l’électricité nucléaire à un tarif fixé, assurant ainsi une certaine stabilité sur le marché de l’électricité. Mais au 31 décembre 2025, ce dispositif a pris fin, marquant un tournant majeur dans l’organisation du secteur énergétique français.

Dans ce nouveau contexte, deux mécanismes viennent prendre le relais : le Versement Nucléaire Universel (VNU) et les Contrats d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN). Leur mise en œuvre redéfinit les règles du jeu pour EDF, les fournisseurs, les consommateurs et les entreprises.

Cet article vous propose de décrypter ce qui change concrètement avec la disparition de l’ARENH, comment la VNU et le CAPN fonctionnent, et quels en sont les impacts potentiels sur les stratégies d’approvisionnement électrique.

🔎 VNU et CAPN : ce qui change après la fin de l’ARENH

Fin de l’ARENH : une nouvelle ère pour le marché de l’électricité

Depuis sa création en 2011, le mécanisme de l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter une part de l’électricité nucléaire produite par EDF à un prix régulé (42 €/MWh). Ce dispositif visait à favoriser la concurrence tout en maintenant des tarifs stables pour les consommateurs.

Mais le 31 décembre 2025, l’ARENH a pris fin, marquant un tournant dans la régulation du marché français de l’électricité. En remplacement, l’État et EDF ont mis en place un nouveau cadre basé sur deux piliers : le Versement Nucléaire Universel (VNU) et Contrats d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN).

Le Versement Nucléaire Universel : un nouvel outil de redistribution pour lisser les prix de l’électricité

Un mécanisme inédit, entre marché et protection des consommateurs

Le Versement Nucléaire Universel (VNU) est un mécanisme inédit de régulation des revenus issus de la production nucléaire française. Contrairement à l’ARENH, il ne repose ni sur un tarif régulé ni sur un volume garanti. Le principe est simple : EDF vend sa production nucléaire au prix du marché, sans limitation de volume, puis reverse une partie des revenus excédentaires à l’État dès lors que ces prix dépassent un certain seuil. Ce seuil de référence, déterminé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), est fixé autour de 70 €/MWh, correspondant au coût complet de production du nucléaire.

Des seuils pour encadrer les excédents

Deux paliers de reversement sont envisagés :

  • Entre 78 et 100 €/MWh, EDF reverserait 50 % de la différence entre le prix de marché et le coût de référence (environ 70 €/MWh) ;

  • Au-delà de 100–110 €/MWh, cette part grimperait à 90 %.

Ces montants seront ensuite redistribués aux consommateurs, sous forme de réduction sur facture, visible via une ligne “VNU”. À l’inverse, si les prix de marché sont inférieurs au coût de référence, les fournisseurs pourraient compenser en reversant une partie de la différence à EDF.

Un levier pour la souveraineté énergétique

Au-delà de son rôle de stabilisateur de prix, le VNU répond à un enjeu stratégique : garantir à EDF les revenus nécessaires à l’entretien et au renouvellement de son parc nucléaire, tout en protégeant les consommateurs – notamment professionnels – contre les flambées tarifaires. Ce compromis vise à sortir d’une dépendance au marché court terme et à poser les bases d’un modèle énergétique plus souverain, durable et prévisible.

🏭 Les CAPN : des contrats nucléaires de long terme pour sécuriser l’approvisionnement des industriels

EDF lancera les Contrats d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN) dès janvier 2026. Ce nouveau dispositif vise à garantir un accès stable à l’électricité décarbonée pour les industriels électro-intensifs, tout en assurant à EDF des revenus pérennes pour l’entretien de son parc nucléaire.

Qu’est-ce que les CAPN ?

Les Contrats d’Allocation de Production Nucléaire (CAPN) sont des contrats de long terme, d’une durée de 10 à 15 ans, proposés par EDF à partir du 1er janvier 2026. Ils visent à allouer une part spécifique de la production nucléaire française à des industriels fortement consommateurs d’électricité, dans un cadre contractuel stable et compétitif.

Le volume initial prévu est de 1800 MW, soit environ 10 TWh d’électricité bas carbone par an, bien en deçà des volumes alloués dans le dispositif de l’ARENH (100 TWh). Le déploiement opérationnel commencera en 2025. À l’automne 2024, cinq premiers contrats avaient déjà été signés, et une vingtaine d’autres étaient en négociation.

À qui s’adressent ces contrats ?

Les CAPN sont exclusivement destinés aux industriels électro-intensifs, c’est-à-dire ceux dont la consommation annuelle d’électricité dépasse 7 GWh. Ces grands consommateurs représentent environ 20 % de la consommation nationale d’électricité. Ils sont particulièrement sensibles à la volatilité des prix de marché et ont besoin de visibilité budgétaire à long terme.

Conclusion : quelles sont les différences entre les mécanismes ARENH, VNU, CAPN ?  

DispositifRôle principalBénéficiaires directsPrix de référenceDurée / horizon
ARENHAccès régulé au nucléaire historiqueFournisseurs42 €/MWhJusqu’au 31 déc. 2025
CAPNContrat long terme de fourniture nucléaire avec EDFFournisseurs / clients EIPrix indexéPluriannuel (contractuel)
VNUMécanisme de redistribution tarifaireTous les consommateurs70 €/MWh (référence)Continu, dès 2026
 

Le calendrier des prochaines étapes

  • Fin 2024 : lancement des premiers tests de marché et annonces sur les volumes CAPN
  • Mi-2025 : précisions réglementaires, contractualisation CAPN en cours
  • 31 décembre 2025 : extinction définitive de l’ARENH
  • Janvier 2026 : mise en œuvre officielle du VNU et des CAPN

 

Des incertitudes :

Avec la fin de l’ARENH, les entreprises n’auront plus accès à un tarif régulé pour l’électricité nucléaire. Elles paieront désormais au prix du marché, sans garantie de stabilité. Le Versement Nucléaire Universel (VNU) pourra compenser une partie des hausses, mais uniquement après coup, selon des seuils et des règles encore à définir. Une nouvelle ligne “VNU” apparaîtra sur les factures, sans lien direct avec le fournisseur, ce qui nécessitera une attention particulière pour en comprendre l’impact réel.

Paca Energies

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